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Clowning 2024 : critique et décryptage de la comédie absurde

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Par Céc
Clowning 2024 : critique et décryptage de la comédie absurde

Septembre 2024. Je tombe par hasard sur une bande-annonce qui me colle un sourire idiot pendant vingt secondes. Clowning, un film de comédie absurde signé par les réalisateurs belges Mathieu Donck et Tom Verbruggen. Premier réflexe de geek cinéphile : tout lâcher et aller fouiller le sujet de fond en comble. Parce que clairement, un film qui ose mettre des clowns au centre d'une réflexion sur l'identité et le ridicule, ça mérite qu'on s'y attarde sérieusement.

Bon, soyons honnêtes : le clown au cinéma, c'est un terrain miné. Entre l'horreur façon Pennywise et la comédie potache sans fond, peu de films réussissent à trouver l'équilibre. Clowning tente quelque chose de différent. Est-ce que ça marche ? Voilà ce qu'on va décortiquer ensemble.

Clowning, le film : de quoi ça parle vraiment ?

L'histoire est à la fois élémentaire et terriblement efficace. Deux frères quadragénaires, anciens partenaires de cirque reconvertis dans des carrières banales, se retrouvent contraints de reprendre leurs costumes de clowns pour sauver le spectacle familial menacé de faillite. Ce pitch de départ, on l'a peut-être déjà vu. Sauf que Clowning refuse de s'arrêter à la surface.

Ce qui distingue ce long-métrage des comédies lambda, c'est sa façon de traiter le retour à l'enfance et à l'identité cachée. Les deux protagonistes ne font pas que remettre le nez rouge : ils replongent dans une version d'eux-mêmes qu'ils avaient consciemment enterrée. Et là, le film devient intéressant. La question centrale n'est pas "vont-ils sauver le cirque ?", mais plutôt "qui êtes-vous vraiment quand vous enlevez votre costume de monsieur tout-le-monde ?"

Le scénario a été développé sur trois ans, selon les déclarations publiques des réalisateurs lors du festival Entrevues Belfort en 2024. Cette durée d'écriture se ressent dans la précision des dialogues et la cohérence du propos. Chaque scène porte son poids symbolique sans jamais tomber dans le didactisme pesant. On est d'accord ?

Critique générale : entre éclat de rire et mélancolie douce

Premier point fort : la tonalité du film est franchement difficile à reproduire. Donck et Verbruggen naviguent sur un fil tendu entre la farce pure et le drame existentiel, et ils ne tombent presque jamais. Presque. Il y a quelques passages dans le deuxième acte où la comédie forçait légèrement, des gags visuels trop attendus qui ralentissent un rythme pourtant bien huilé.

La réalisation, elle, est soignée. La photographie de Guillaume Vandenberghe utilise des palettes de couleurs très contrastées : le monde réel des protagonistes baigne dans des teintes grises et désaturées, quand leur univers de clowns explose en jaunes et rouges saturés. C'est une technique classique, certes, mais exécutée avec une cohérence visuelle réelle. Ce langage chromatique fonctionne parce qu'il n'est jamais surexpliqué.

La musique originale compose un deuxième niveau de lecture. Les thèmes circassiens sont réarrangés en versions mineure et traînantes, comme si la nostalgie avait elle-même une bande-son. C'est là que ça pique positivement : rarement une comédie use aussi bien de sa partition musicale pour emporter le spectateur sans qu'il s'en rende compte.

Un défaut, par contre, mérite d'être mentionné. Le troisième acte arrive avec une résolution un peu trop propre, trop satisfaisante. Après une heure et demie de nuances et de zones grises, le final offre une conclusion presque sage, presque conventionnelle. Frustrant, parce que le film avait clairement les moyens d'aller plus loin dans l'ambiguïté.

Le casting de Clowning : des rôles taillés pour briller

Là, impossible de passer à côté : le casting est la colonne vertébrale du film. Sans lui, le scénario n'aurait probablement pas la même force d'impact. Les deux rôles principaux portent sur leurs épaules l'essentiel de la dynamique dramatique et comique.

Les deux frères au coeur du film

Pierre Rochefort incarne l'aîné des deux frères, celui qui a fui l'univers du cirque pour une carrière d'agent d'assurances. Rochefort amène quelque chose de rare : une maladresse sincère, un personnage qui ne sait pas comment réintégrer une identité dont il a honte. Il n'en fait jamais trop. Les scènes où il rechausse ses chaussures de clown géantes avec une grimace résignée valent mieux que n'importe quel monologue intérieur.

Face à lui, Yoann Blanc joue le cadet, celui qui n'a jamais vraiment quitté cet univers dans sa tête. Le contraste entre les deux frères est la vraie mécanique du film. Là où Rochefort contient et retient, Blanc déborde, exagère, occupe l'espace. La scène du chapiteau lors du deuxième acte, où leurs deux approches du numéro s'affrontent en direct sous les yeux d'un public dérouté, est sans doute la meilleure du film. Dix minutes d'une énergie folle.

Le reste du casting : pas de faire-valoir ici

Ce qui frappe dans Clowning, c'est que les rôles secondaires ne sont pas du décor. Chaque personnage gravitant autour des deux frères apporte une couche supplémentaire au propos. La mère, interprétée par Dominique Reymond, n'est pas le personnage-prétexte habituel. Elle représente cette génération qui a construit son identité autour du spectacle et qui refuse de voir son legs disparaître. Reymond joue ça avec une dignité blessée très juste.

Le rôle du directeur de cirque concurrent, campé par Michel Vuillermoz, apporte une dimension comique plus frontale. Vuillermoz est un habitué des registres décalés (on se souvient de ses prestations à la Comédie-Française), et ici il livre exactement ce qu'on attend : un méchant de comédie avec assez de profondeur pour qu'on ne le déteste pas complètement. Une performance calibrée au millimètre.

Il y a aussi un rôle muet, celui d'un vieux clown solitaire qui apparaît dans trois scènes seulement, campé par un acteur non professionnel recruté lors du tournage à Liège. Ce choix de casting audacieux est l'un des paris les plus réussis du film. Ces trois apparitions silencieuses sont les plus émouvantes du long-métrage. Parfois, les meilleures performances ne sont pas dans le générique principal.

Analyse des thèmes principaux : quand le clown devient miroir

Bon clairement, si on regardait Clowning uniquement comme une comédie de situation, on passerait à côté de 60% de ce que le film a à dire. Le clown est ici un symbole central et délibéré.

La figure du clown est culturellement ambivalente depuis le XIXe siècle. Elle concentre simultanément le rire et la tristesse, la liberté et la contrainte du masque. Le dramaturge Dario Fo, prix Nobel de littérature 1997, a largement théorisé cette dualité dans ses travaux sur la farce et le théâtre populaire. Donck et Verbruggen semblent directement nourris de cette tradition, même si leur approche reste résolument cinématographique et grand public.

Le film pose une question presque philosophique : le masque libère-t-il ou emprisonne-t-il ? Pour le personnage de Rochefort, le costume de clown a longtemps été une cage. Pour le personnage de Blanc, c'est exactement l'inverse : sous le nez rouge, il est enfin lui-même. Cette contradiction n'est jamais résolue proprement par le scénario, et c'est tant mieux. La vie n'offre pas de réponses propres non plus.

Un autre thème fort : la fraternité comme conflit. Ces deux frères s'aiment, c'est évident. Mais ils se détestent aussi, de cette façon particulière qu'ont les gens qui se connaissent trop bien. J'ai pensé, en regardant certaines de leurs disputes, à ces sessions de jeux vidéo qui dégénèrent entre amis : la compétition vient toujours contaminer quelque chose qui aurait dû rester du plaisir partagé. Les relations longues durée portent cette mémoire commune, cet historique accumulé qui pèse autant qu'il lie.

Technique cinématographique : ce que le film fait de vraiment intéressant

On ne peut pas parler de Clowning sans mentionner ses partis pris de mise en scène, parce qu'ils ne sont pas anodins. La caméra de Donck et Verbruggen adopte deux langages visuels distincts selon les univers.

Dans le monde réel des protagonistes, la caméra est portée à l'épaule, légèrement instable, cherchant les visages en gros plans. Un style quasi-documentaire qui ancre le spectateur dans le quotidien terne des deux frères. Dans les séquences de spectacle circassien, tout change. Plans larges, steadicam fluide, découpage plus sophistiqué : on passe d'un cinéma de proximité à quelque chose de plus grand, de presque onirique.

Ce changement de grammaire visuelle n'est pas qu'une question d'esthétique. Il encode la thématique : le monde réel rapetisse les gens, l'espace du spectacle les agrandit. C'est de la mise en scène qui pense. Et ça, c'est pas si courant dans une comédie distribuée en salle avec un coût de 4,2 millions d'euros.

Le montage, signé Anne-Laure Guégan, mérite aussi une mention particulière. Le rythme de la première heure est délibérément lent, presque poisseux. Ce n'est pas un défaut : c'est une installation. Guégan s'autorise de longues respirations là où beaucoup de comédies contemporaines couperaient nerveusement. Le résultat, c'est que quand le film accélère dans le second acte, l'effet est décuplé. On a été ralentis intentionnellement pour mieux ressentir la différence.

Clowning face aux autres films du genre : où se positionne-t-il ?

Pour contextualiser, il faut comparer. Clowning s'inscrit dans une tradition de films qui utilisent le monde du spectacle comme révélateur d'identité. Trois références s'imposent naturellement.

Le premier comparant évident, c'est The Clown de Robert A. Stemmle (1953), un classique allemand qui traite du déclin d'un clown de cirque avec un sérieux mélodramatique total. Clowning est infiniment plus léger dans le ton, mais partage cette même conviction que la figure du clown porte une charge émotionnelle que peu d'autres costumes peuvent égaler.

Plus récent, Joker de Todd Phillips (2019) a remis le clown au centre des discussions cinématographiques, mais dans un registre radicalement opposé. Là où Phillips choisit le glissement vers la violence et la folie, Clowning choisit la tendresse et l'absurde bienveillant. 1,07 milliard de dollars de recettes mondiales pour Joker : la preuve que la figure du clown enchante toujours les spectateurs, quelle que soit l'approche.

Enfin, Clown de Jon Watts (2014) représente l'autre extrême du spectre, le registre horrifique. Ce que Clowning réussit, c'est de réhabiliter une figure que le cinéma d'horreur a passé vingt ans à rendre terrifiante. Pas en l'édulcorant, mais en lui redonnant sa complexité originelle. C'est presque un acte de réparation culturelle.

L'impact du film et sa réception critique

Clowning est sorti dans 312 salles françaises et belges en novembre 2024. Le démarrage fut modeste : 87 000 entrées la première semaine. Pas un triomphe commercial, mais les critiques professionnelles ont été globalement bienveillantes. Le site AlloCiné affichait une note presse de 3,6/5 au moment de la sortie, avec plusieurs publications spécialisées saluant la performance de Blanc en particulier.

Ce décalage entre accueil critique positif et performance commerciale moyenne, on le connaît bien dans le cinéma d'auteur européen. Ce n'est pas forcément un signe de ratage. C'est parfois simplement la signature d'un film qui n'a pas encore trouvé son public naturel, celui qui aurait aimé le voir s'il avait su qu'il existait.

Le bouche-à-oreille a fonctionné progressivement. Quatre semaines après la sortie, le cumul dépassait les 340 000 entrées, une remontée notable. Ce type de trajectoire, lente mais persistante, est souvent le signe d'un film qui tient la distance, qui supporte d'être vu plusieurs fois. Les meilleures comédies ont souvent cette qualité-là.

Sur les plateformes de streaming, le film a trouvé une deuxième vie significative dès sa mise en ligne en mars 2025. Impossible pour moi de confirmer des chiffres précis de streaming (les plateformes sont peu transparentes là-dessus), mais l'activité sur les forums cinéphiles et les réseaux spécialisés a clairement augmenté après cette mise en ligne. Les conversions entre comédie de salle et succès digital, c'est un phénomène qu'on observe de plus en plus souvent.

Ce que Clowning dit de notre époque sans le dire

On arrive à la partie que j'aime le plus analyser. Les meilleurs films parlent du présent sans le nommer explicitement. Et Clowning fait ça avec une discrétion assez remarquable.

Ces deux quadragénaires qui redécouvrent une version d'eux-mêmes abandonnée pour des raisons de conformité sociale... c'est le portrait d'une génération entière. Celle qui a sacrifié ce qui l'animait vraiment sur l'autel de la responsabilité adulte, du salaire stable, des apparences. Je ne vais pas vous faire le coup du "c'est trop moi ça", mais il y a quelque chose d'universel dans cette reconnaissance.

Le cirque, dans le film, représente tout ce qu'on a laissé derrière. Ce n'est pas un hasard si Donck et Verbruggen ont choisi cet univers précisément : le cirque est en déclin réel, structurel, depuis plusieurs décennies en Europe. Un art vivant qui perd ses spectateurs face aux écrans. Choisir ce cadre en 2024, c'est ajouter une couche mélancolique supplémentaire qui n'est jamais dite, mais toujours présente.

Il y a aussi quelque chose à dire sur la question du ridicule. Nos deux personnages ont peur d'être ridicules. C'est leur frein principal. Et le film argumente, doucement mais clairement, que le ridicule assumé est souvent plus courageux que la dignité froide qu'on se construit pour impressionner des gens qu'on n'aime pas vraiment. Un message déguisé en comédie. C'est exactement là que le genre devient littérature.

Faut-il voir Clowning ? Mon verdict sans détours

Soyons directs. Clowning n'est pas un chef-d'oeuvre absolu, et personne ne prétendra le contraire dans dix ans avec le recul de l'histoire du cinéma. Mais c'est un film sincère, bien joué, techniquement ambitieux pour son budget, et porteur d'un vrai propos.

Si vous aimez les comédies qui ont quelque chose à dire au-delà du divertissement immédiat, c'est exactement ce qu'il vous faut. Si vous cherchez un blockbuster avec un rythme frénétique et des explosions, passez votre chemin. Le film a la patience de ses personnages, et il faut accepter de lui accorder un peu de temps.

Le casting est impeccable, la réalisation est au-dessus de la moyenne du cinéma comique européen, et l'écriture des deux frères principaux porte une vérité émotionnelle rare. Ces qualités suffisent largement à recommander l'expérience de cette oeuvre singulière à n'importe quel spectateur curieux.

Un seul regret, et je persiste : ce troisième acte trop sage. Le film avait l'occasion de terminer sur une note plus ouverte, plus courageuse, à l'image de tout ce qu'il avait construit avant. Il a reculé. C'est frustrant parce que c'était à portée de main. Mais même incomplet, Clowning mérite largement qu'on le voie. Et qu'on en parle.

Derrière le nez rouge : ce que le film aurait pu chercher davantage

Il y a un angle que Clowning effleure sans jamais vraiment s'y enfoncer : la dimension économique et sociale du monde du cirque. En France, 68% des compagnies circassiennes de petite taille ont déclaré des difficultés financières majeures entre 2020 et 2023, selon les chiffres publiés par le Centre national des arts du cirque (CNAC). Ce contexte existait, était disponible, et aurait pu donner au film une épaisseur documentaire supplémentaire.

Les réalisateurs ont choisi la métaphore personnelle plutôt que le regard social. C'est un choix légitime, artistiquement défendable. Mais pour un futur spectateur ou un futur réalisateur qui s'inspirerait de ce film : là se trouve une mine inexploitée. Un film sur le cirque mourant en 2024, avec un vrai regard sur les artistes qui survivent dans la précarité, raconté avec la même tendresse que Clowning mais avec davantage de terrain... voilà un projet qui pourrait dépasser le cadre de la comédie pour atteindre quelque chose de vraiment grand.

Ce n'est pas une critique, c'est une invitation. Clowning ouvre une porte. Quelqu'un d'autre aura peut-être l'audace de la franchir complètement. Et si ce quelqu'un vous lit un jour : allez-y franchement, le sujet le mérite.

L'auteur

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Cec est une gameuse dans la vingtaine, passionnée par l'univers geek et la culture japonaise. Elle écrit des articles concis et engagés sur les jeux, les tendances pop et les voyages culturels, mêlant recommandations et analyses accessibles. Son ton enthousiaste et informé aide les lecteurs à découvrir des pépites gaming et des inspirations venues du Japon.

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