L’écosystème applicatif d’Apple entre dans une nouvelle ère, en particulier au sein de l’Union européenne où l’iPhone s’ouvre aux boutiques d’applications tierces. Cette évolution, qui pourrait en théorie engendrer une dynamique enrichissante et variée, soulève également des défis majeurs pour les développeurs, confrontés à une nouvelle grille tarifaire imposée par le géant technologique. Comment cette restructuration des frais va-t-elle affecter la rentabilité des applications et les stratégies des développeurs ?

Le fonctionnement de la nouvelle imposition d’apple

À première vue, l’offre d’Apple semble séduisante : aucune commission sur les ventes pour les applications distribuées via des magasins tiers, et même, une réduction significative de la commission pour celles choisissant de coexister aussi sur l’App Store d’Apple — réduite à 17 % par rapport au tarif standard de 30 %. Pour les applications des “petites entreprises”, le taux descend à 10 %, par rapport aux 15 % antérieurs, des conditions plus avantageuses.

Néanmoins, l’attractivité de cette proposition perd de son éclat lorsque l’on découvre le caveat lié à la popularité des applications. Une redevance fixe de 50 centimes d’euro est prélevée par Apple pour chaque nouvelle installation après le premier million annuel — ce tarif étant applicable une fois par an et par utilisateur. Et si l’on considère que les mises à jour d’applications sont comptées comme des installations, il devient évident qu’une application populaire dépassant le seuil des 1 million d’installations se verra taxée ad vitam aeternam.

Et les frais ne se limitent pas aux applications : les boutiques d’applications tierces devront elles aussi payer 50 centimes d’euro par utilisateur et par an, sans le laisser-passer du premier million accordé aux applications. Les développeurs souhaitant échapper aux commissions élevées et aux règles restrictives de l’App Store doivent paradoxalement se soumettre à cette taxe supplémentaire.

Impact sur les géants numériques et apps populaires

Prenons l’exemple de Facebook avec ses 408 millions d’utilisateurs mensuels en Europe. En supposant que le tiers soit des utilisateurs iOS, la firme de Mark Zuckerberg pourrait se retrouver à devoir verser approximativement 67,5 millions d’euros par an à Apple, et ce uniquement pour la plateforme Facebook. Une charge financière qui s’amplifierait considérant des applications comme WhatsApp, Instagram ou Messenger, sachant que ce coût concerne également les utilisateurs inactifs recevant des mises à jour automatiques.

Cette charge n’est pas insignifiante même pour les grandes entreprises. Spotify, qui a longtemps contesté la part de revenu de 30% prélevée par Apple, pourrait trouver son compte en dirigeant ses utilisateurs vers un magasin tiers, compensant ainsi largement la redevance de 50 centimes d’euro. Mais il s’agit là d’un calcul risqué ; les nouvelles souscriptions et achats devront largement dépasser les coûts des téléchargements pour que l’opération soit rentable.

Pour les applications plus modestes ou émergentes, le coût de la taxe peut s’avérer encore plus prohibitif. Une app devenant rapidement virale et dépassant le million d’installations sans générer de revenus directs pourrait rapidement s’effondrer sous le poids financier de cette nouvelle imposition.

Considérations et stratégies pour les développeurs

L’annonce de la commission fixe d’Apple suscite l’intérêt mais également une vive inquiétude chez de nombreux acteurs du numérique. Des PDG influents tels que Tim Sweeney d’Epic Games qualifient ces frais de “superflus”, tandis que Daniel Ek, à la tête de Spotify, interroge implicitement l’opportunité de cette nouvelle dynamique. David Heinemeier Hansson, de Basecamp, considère quant à lui cette taxe comme une « pilule empoisonnée » dans les offres proposées par Apple.

Toutefois, les contraintes ne s’arrêtent pas aux coûts. Le passage d’une boutique à l’autre nécessite que les utilisateurs installent le nouveau magasin d’applications, désinstallent la version précédemment acquise via l’App Store d’Apple, puis réinstallent l’application depuis la nouvelle boutique. Ce processus, potentiellement dissuasif, requiert un effort non négligeable de la part des utilisateurs.

En regard de ces frais, des arguments tels que le coût du développement d’outils pour les créateurs d’applications par Apple ont été avancés. Des plateformes telles que Windows et macOS offraient autrefois ces outils gratuitement, reconnaissant la valeur ajoutée des développeurs tiers. Aujourd’hui, Apple semble miser sur la dépendance des développeurs à sa plateforme, plus que sur leur contribution individuelle à l’écosystème global.

Malgré les controverses, cet écosystème d’applications sur iOS se tient à la croisée des chemins avec des opportunités grandioses. Pourtant, le premier développeur qui s’aventurera à défier la structure des frais d’Apple et à en saisir le potentiel reste à être vu.

La Commission européenne examinera les nouvelles règles d’Apple lorsque le Digital Markets Act (DMA) entrera en vigueur en mars. Si ces règles semblent contrevenir aux dispositions du DMA, une répression réglementaire pourrait être envisageable. Ainsi, l’ère des nouvelles directives tarifaires d’Apple pourrait encore subir des ajustements avant de devenir la norme.

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Maxime

Maxime a en charge les relations partenaires et est chargé de s’assurer que le reste de l’équipe travaille efficacement et en bonne intelligence