Les frontières entre l’irrégularité et le fraude scientifique sont parfois ténues, mais le domaine de la recherche devrait être exempt de telles pratiques. Pourtant, la fréquence des scandales relatifs à la fraude dans la recherche scientifique semble être en augmentation. En témoigne le nombre sans précédent de retraits d’articles au cours de l’année 2023 ; un total de 10 000 publications ont été rétractées, ce qui constitue un record. Il est toutefois important de préciser que les raisons de ces rétractions peuvent varier, et ne sont pas toujours synonymes d’un manque d’intégrité.

Une entreprise britannique, Hindawi, a été particulièrement touchée, avec 8 000 articles rétractés à son compte. La fraude n’impacte pas toutes les disciplines de la même manière pour des raisons diverses. La pharmacologie, par exemple, connaît des contrôles très stricts pour des raisons évidentes liées à la santé publique. Cela n’exclut pas pour autant les escroqueries, comme en témoignent les affaires impliquant les anesthésiologistes Joachim Boldt et Scott Reuben. Ces cas de figure ont été soulignés par Stephen Dubner, coauteur de “Freakonomics” dans son podcast éponyme.

Les principaux types de fraudes académiques

Le plagiat constitue un visage commun du fraude académique, qui se manifeste par l’appropriation du travail d’autrui sans une citation appropriée. On y inclut également la création de citations fictives et l’autoplagiat. Un autre type majeur de fraude est la falsification de données; il est relativement facile de manipuler des chiffres dans un tableur pour obtenir des résultats attendus. Cependant, des méthodes existent également pour détecter ces comportements frauduleux.

Quant au pourquoi de la hausse de la fraude, la réponse réside peut-être dans les mécanismes mêmes du système académique, lesquels favorisent de tels agissements. Selon Dubner, un facteur prépondérant est le manque de transparence. Alors que la publication ouverte des données est de plus en plus courante à l’ère numérique, certains chercheurs répugnent toujours à dévoiler leurs bases de données, car cela implique de partager un travail souvent laborieux et cela réduit l’avantage concurrentiel dans un milieu déjà très compétitif.

Pressions et incitations au système défaillant

La compétitivité en milieu académique ne se limite pas à entraver la transparence, elle devient elle-même une incitation à la fraude. Le mantra “Publish or perish” (publier ou périr) témoigne de la pression matérialisée par la nécessité de produire des résultats probants, ce qui est complexe quand ils sont négatifs ou non significatifs. La quête de la novelty, des résultats innovants ou sensationnels, peut conduire certains chercheurs sur la pente glissante de la malhonnêteté, surtout si leurs travaux, autrement, ne conduiraient à rien de concret.

La reproductibilité est un autre pilier de la science délaissé qui freine la fraude et permet de corriger les erreurs. Pourtant, avec peu de revues et de financements intéressés par les études reproduisant des expériences, les incitations à valider les résultats d’autrui sont maigres. Certains domaines, comme l’étude du comportement, où les échantillons sont souvent maîtrisés et de taille réduite, bénéficieraient de cette reproductibilité pour étendre leurs échantillonnages et valider leurs hypothèses.

Cette situation paradoxale se traduit par des scandales impliquant parfois des chercheurs reconnus, contrastant avec l’idée que ce devraient être les jeunes chercheurs, confrontés à l’incertitude et à la compétition, qui soient les plus susceptibles de transgresser l’éthique scientifique. Un exemple notable d’enquête pour fraude concerne des études sur l’importance de la dishonnêteté; ironiquement, Dan Ariely a vu son étude sur l’effet de la signature sur l’honnêteté des réponses remise en question, générant une controverse significative.

La transparence comme rempart contre la malversation

Face à ces dérives, des voix s’élèvent pour prôner une transparence accrue dans le partage des données, prôner la reproductibilité des recherches. La démocratisation de la transparence pourrait fonctionner comme un garde-fou contre la fraude, une idée qui prend de l’ampleur à travers les disciplines et qui pourrait influencer positivement la culture de la publication scientifique.

L’accessibilité des bases de données pour les articles consultables sur le web est un point critique pour cette initiative. Mais cette démarche nécessite une évolution des mentalités dans une sphère où la notion de pré carré et l’avancement personnel prennent souvent le pas sur la collaboration ouverte et la vérification par les pairs. Pour autant, la situation semble évoluer, permettant d’espérer une réelle diminution des comportements frauduleux dans les années à venir, à mesure que la communauté scientifique prend la mesure de ces enjeux et les intègre dans ses pratiques quotidiennes.

Pour renforcer cette dynamique, des outils et normes éthiques sont primordiaux. La création d’un cadre de travail où la véracité et la transparence des données sont récompensées, et non pas perçues comme une contrainte, pourrait représenter un pas important vers un milieu scientifique plus intègre et fidèle aux principes de la recherche.

Finalement, la lutte contre la fraude scientifique implique une révolution aussi bien culturelle que structurelle au sein de la communauté académique. Cela requiert des changements de paradigme dans la manière d’appréhender la publication et l’attribution de crédit, tout en encourageant la collaboration et la validation mutuelle dans l’intérêt de la science et de sa crédibilité à long terme.

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Maxime

Maxime a en charge les relations partenaires et est chargé de s’assurer que le reste de l’équipe travaille efficacement et en bonne intelligence